Les terrains de jeunes sont souvent pavés de certitudes et de promesses, mais certaines vieillissent parfois mal. Oui, le talent se détecte généralement très tôt, mais les trajectoires ne se devinent jamais vraiment. Elles dépendent des rencontres, des opportunités, des choix d’entraîneur, des blessures, de la confiance accordée au bon moment, et de cette part d’imprévisible qui accompagne chaque carrière. Autant de facteurs capables de faire basculer, favorablement ou non, le destin d’un jeune joueur. Jeremy Jacquet en sait quelque chose après être passé par des moments difficiles durant sa formation.

Il ne portait pas la même étiquette que Désiré Doué ou Mathys Tel
Contrairement à un Mathys Tel ou un Désiré Doué, issus de la même génération 2005, le défenseur de 21 ans n’a pas eu une trajectoire toute tracée avant d’arriver jusqu’en équipe de France lors de cette trêve. « Lorsqu’on le fait venir à 14 ans, il y a un potentiel, mais il faut encore le développer, resitue Khaled Garbaa, ancien recruteur de Rennes aujourd’hui responsable au LOSC, et à l’origine de la venue de Jérémy Jacquet, Sacha Boey, Djaoui Cissé, Kader Méïté ou encore Andy Diouf à Rennes. Il n’est pas encore identifié ni en avance comme peuvent l’être un Mathys Tel ou un Désiré Doué, qui sont déjà largement au-dessus dans leur catégorie d’âge. Jérémy, c’est plus avec Jeanüel (Belocian, également formé à Rennes avant de rejoindre le Bayer Leverkusen en 2025, et international espoir français) qu’on peut le comparer. »
Avant de rejoindre Rennes, les prétendants ne se bousculaient d’ailleurs pas pour le recruter. Sekou Doucouré, son coéquipier de l’époque à Joinville, attirait davantage les regards des clubs professionnels jusqu’à sa signature au PSG. « Quand on va voir Jérémy lors d’une triangulaire à Grigny où Mathys (Tel) est également présent, il a la malchance de se blesser à l’épaule avant de toucher son premier ballon. Il fond en larmes. Je lui ai dit lorsqu’on attendait les pompiers : "Ne t’inquiète pas, on va continuer à te suivre". Il n’y croyait pas et on l’a finalement recruté quelques mois plus tard. Mais la première fois qu’on va le voir, on est le seul club sur lui. Il était grand, avec des lunettes, un peu désordonné, mais balle au pied, c’était déjà pas mal », explique ce recruteur aguerri de la région parisienne depuis des dizaines d’années.
Il a rattrapé son retard sur ses concurrents de l’époque
Aujourd’hui, les qualités qui ressortent chez Jacquet sont les mêmes qu’à l’époque, mais sa formation a permis de les affirmer. « Ses os poussaient mais sans la musculature autour, il fallait le laisser finir sa croissance et avoir un corps d’adulte. Si son corps suivait la charge de travail qui lui était demandée, il y avait un gros potentiel », confie Landry Chauvin, formateur à Rennes pendant plus de 20 ans et directeur du centre de formation breton entre 2014 et 2019. « Physiquement, Jérémy n’était pas tout de suite prêt, il fallait attendre qu’il arrive à maturité physique, à la différence d’autres profils. Mais il avait la vitesse, l’intelligence de jeu, un bon pied qui lui permettait de parfois jouer 6 ou 8, et il était longiligne », ajoute Khaled Garbaa, qui avait pris le soin de rencontrer le papa, Dominique, dont la ressemblance était déjà frappante avec Jérémy dans la silhouette.
Mais ce physique longiligne a dû faire preuve de patience. À 16-17 ans, quand ses copains Désiré Doué et Mathys Tel jouaient leurs premières minutes en professionnel, Jérémy Jacquet voyait sa progression ralentie par quelques pépins physiques, au point de passer près d’un an loin des terrains. C’est ce qui explique en partie son retard sur certains joueurs du même âge à l’époque, alors considérés comme les références de la génération 2005 en France. On pense notamment à l’ancien Parisien El Chadaille Bitshiabu, au Monégasque Christian Mawissa, ou au joueur de Chelsea Mamadou Sarr, déjà construits athlétiquement à peine majeurs.
Les trois hommes se partagent alors les minutes au sein de la charnière de l’équipe de France U17 sacrée championne d’Europe en 2022, quand Jérémy Jacquet regardait la compétition à la télé. « Il y a eu la frustration, mais Jérémy a toujours eu une mentalité exceptionnelle. Ce n’est pas un hasard s’il était très apprécié des formateurs et des entraîneurs. Une fois que son corps était consolidé, on ne pouvait plus l’arrêter », retrace un ancien formateur rennais. S’enchaînent alors les sélections en équipe de France U18, U19, U20, puis cette première apparition en L1 le 14 janvier 2024 face à Nice. Jacquet partira ensuite en prêt à Clermont (L2), avant d’être rappelé par le Stade Rennais en janvier 2025. Quelques mois plus tard, il rejoignait Liverpool contre 70 millions d’euros et faisait ses premiers pas en équipe de France. Le temps perdu a été rattrapé.
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