La FIFA traverse l’une des plus importantes crises politiques de l’ère Gianni Infantino. Réélu sans opposition en 2023, le président de l’instance mondiale semblait encore disposer d’une marge de manœuvre considérable à quelques mois de l’élection prévue le 18 mars 2027 à Rabat, au Maroc. Mais son projet de commercialisation d’une partie des actifs de la Coupe du Monde et sa proximité avec Donald Trump ont sérieusement fragilisé sa position. Baptisée FIFA Forward Enterprise, cette structure devait permettre à des investisseurs privés proches du président américain de prendre une participation dans les activités commerciales de l’instance, notamment les droits de diffusion, le sponsoring et les revenus liés à ses compétitions. L’opération, qui visait à lever environ 4,2 milliards de dollars en cédant près de 20 % du capital de cette nouvelle entité, a suscité une levée de boucliers, et des critiques sur le manque de transparence du processus et l’absence de consultation préalable des principales parties prenantes. Face à cette contestation, Infantino a finalement dû abandonner le projet au début du mois d’août, alors qu’il entendait présenter cette opération comme un levier supplémentaire pour financer le développement du football mondial.

Cette reculade n’a toutefois pas suffi à calmer la fronde. L’UEFA, dirigée par Aleksander Ceferin, a durci le ton, allant jusqu’à maintenir la menace d’un boycott des compétitions de la FIFA. La confédération européenne, soutenue dans son opposition au projet par la Concacaf, l’AFC et l’OFC, a également réclamé des garanties sur la gouvernance de l’instance et sur la manière dont les décisions stratégiques sont prises. Plusieurs fédérations européennes ont jugé insuffisantes les propositions de réforme avancées par Infantino, soupçonné de chercher avant tout à consolider sa position avant l’élection. La contestation a même dépassé le cadre du football, puisque Glenn Micallef, le commissaire européen chargé des sports, a publiquement critiqué cette commercialisation toujours plus poussée de la discipline. Si Gianni Infantino conserve des soutiens importants, notamment en Afrique où les 54 fédérations du continent lui ont apporté leur appui, plusieurs dirigeants cherchent à fédérer une opposition crédible. Le président de la Concacaf, Victor Montagliani, un temps évoqué comme candidat potentiel, a finalement annoncé qu’il briguerait un nouveau mandat à la tête de sa confédération. À ce stade, la difficulté reste de trouver une personnalité suffisamment respectée et rassembleuse pour représenter une véritable alternative au dirigeant italo-suisse.

Wenger poussé en interne par l’UEFA

Et c’est ainsi que le nom d’Arsène Wenger commence à circuler avec insistance. Selon The Times, les opposants à Infantino cherchent à convaincre l’ancien entraîneur d’Arsenal de se lancer dans la course à la présidence de la FIFA. À l’approche de la date limite de dépôt des candidatures, fixée au 18 novembre, certains espèrent que le Français acceptera de devenir le visage de cette contestation. À 76 ans, l’Alsacien reste l’une des figures les plus respectées du football mondial, fort de son immense carrière sur les bancs de touche et de son expérience au sein des instances internationales. Les discussions rapportées par le quotidien britannique ne signifient toutefois pas que «Wenger a accepté de se présenter», ni même qu’il a officiellement fait part «de son intention de le faire». Il s’agit pour l’heure d’une piste explorée «par les adversaires d’Infantino», qui peinent à trouver un candidat capable de rassembler suffisamment de soutiens «pour menacer le président sortant».

Le choix de Wenger ne serait évidemment pas anodin au regard de sa proximité historique avec Infantino. En novembre 2019, quelques mois après avoir quitté Arsenal au terme de 22 années passées sur le banc londonien, le technicien français avait été nommé directeur du développement du football mondial à la FIFA. Une décision portée par le président de l’instance, qui souhaitait s’appuyer sur son expertise pour renforcer la dimension sportive de l’organisation. Depuis, les deux hommes ont évolué au sein de la même institution, Wenger occupant une fonction stratégique qui lui permet de peser sur les orientations techniques et les politiques de formation. Cette relation professionnelle s’est également accompagnée d’une convergence de vues sur plusieurs projets défendus par Infantino. Autant d’éléments qui rendent l’hypothèse d’une candidature du Français particulièrement surprenante, même si les dernières turbulences ont montré que cette proximité n’impliquait pas un soutien inconditionnel.

Un ancien soutien d’Infantino

Car si Wenger a longtemps semblé s’inscrire dans la dynamique impulsée par Infantino, ses dernières prises de position ont révélé des limites à cette entente. Début août, après l’abandon du projet FIFA Forward Enterprise, l’ancien entraîneur d’Arsenal a publiquement pris ses distances avec cette initiative controversée. Il a assuré ne pas avoir participé à son élaboration et avoir découvert son existence par l’intermédiaire des médias. Surtout, il a estimé que son retrait était « absolument nécessaire », en rappelant son attachement à une FIFA indépendante, au service du football avec transparence et intégrité. Une déclaration forte venant d’un homme recruté par Infantino lui-même et qui a, pendant plusieurs années, accompagné certaines de ses ambitions en matière de développement.

Wenger demeure notamment impliqué dans les programmes de formation des jeunes, le déploiement d’académies dans une soixantaine de pays, l’analyse technique des compétitions internationales et les réflexions sur les lois du jeu au sein de l’IFAB. En mai dernier, il plaidait encore devant le congrès de la FIFA pour un investissement accru dans le football féminin et la détection des jeunes talents. En juillet, le natif de Strasbourg mettait également en avant les enjeux de formation et d’accessibilité aux États-Unis. Reste à savoir si Wenger souhaite réellement passer du rôle de dirigeant technique à celui de candidat à la présidence, avec tout ce que cela implique sur le plan politique. Pour l’heure, son nom constitue surtout une possibilité susceptible de rebattre les cartes d’une élection dans laquelle Infantino conserve une longueur d’avance.